Par François René de Cotret
Mots-clés : Plan Nord, 80 milliards, Harvey Mead, Jean Charest, IPV, exploitation minière, développement durable
IPV et PIB du Québec, par habitant, de 1970 à 2009, en dollars
Figure tirée du livre L'indice de progrès véritable du Québec,
Un chapitre du livre intitulé Éliminer son capital sans le reconnaître se penche sur l'activité minière au Québec. Selon l'auteur, le Plan Nord est en continuité avec le développement économique traditionnel : « Il n'y a pas d'évaluation des coûts nul part. On parle strictement des “80 milliards de dollars d'investissement”. On va construire des routes, des villages; on créera des emplois pour un certain temps à coup de sommes énormes, mais on ne génèrera pas un développement social qui se vaut, un progrès véritable. » Comble de l'ironie pour M. Mead, le premier ministre Charest a présenté, en 2009, le Plan Nord comme le meilleur projet de développement durable de l'histoire du Québec. Loin de favoriser ce genre de développement, le Plan serait, selon l'ancien commissaire, une manière d'oublier les problèmes du sud de la province. « Il y a un boom minier actuellement; l'exploitation se ferait que Charest ait un plan ou non », a-t-il indiqué. Pour étayer son argumentation, il a souligné qu'en 2009, l'équivalent de 6,3 milliards de dollars de ressources non renouvelables au Québec ont été exploités et exportés. « Actuellement, peut-on lire dans le livre, les retombées [des investissements gouvernementaux dans l'activité minière]sont les profits des sociétés minières, souvent et de plus en plus étrangères. Au-delà de la perte de ses capitaux naturels, l'État est confronté à d'autres coûts relatifs à l'activité minière : décontamination des sites orphelins, déforestation, problèmes de santé tels que l'amiantose, disparition de villages et de communautés après l'épuisement du gisement, etc.
L'activité minière, une perte de capital Ne se limitant pas à la création d'emplois et à l'activité économique relative à l'activité minière, l'IPV pointe la perte de capital encourue. De quelle perte est-il question? Harvey Mead écrit : « L'extraction de ressources non renouvelables, dans une perspective de comptabilité nationale, est perçue comme une dépréciation du capital naturel. À ce titre, elle doit être soustraite du PIB à titre de dépense, et la mesure de la valeur des ressources épuisées (progressivement) constitue l'approche pour tenir compte de la dépréciation. En même temps, nous soulignons, comme le fait l'industrie, que l'exploitation établit une valeur qui autrement n'existerait tout simplement pas, et la justification de l'activité minière est fondée sur ce constat. Par contre, en insistant sur le progrès à long terme comme l'objectif de cette exploitation, cette justification ne tient pas, si des actifs de remplacement ne sont pas établis. » [1]
Écart entre l'évaluation économique et l'évaluation « écologique »
Figure tirée du livre L'indice de progrès véritable du Québec,
Selon Harvey Mead, pour accroître l'IPV, les recettes des compagnies minières devront être allouées à des investissements permettant de générer des retombées permanentes pour l'État qui a été dépossédé de ses ressources non renouvelables. Bien qu'il sait que cette manière de voir les choses est utopique, le docteur en philosophie considère que faire autrement serait insensé. « On vit comme s'il y avait trois planètes juste pour nous », s’insurge-t-il. « Le Plan Nord est une façon de dire que nous allons construire des routes, que nous allons fournir l'électricité et autre énergie à bas prix pour les projets à venir. […] On est en train d'abimer les forêts, les sols, le fleuve, l'air, mais les prix continuent à monter. Et on se refuse de comptabiliser ces pertes pour préserver le culte de la croissance. Ce n'est pas du progrès. » Le culte de la croissance n'est pas que l'affaire des économistes et du gouvernement. Pour le philosophe, le vote massif des Québécois pour le Nouveau Parti Démocratique était le printemps arabe du Québec : « Les gens sont écœurés, intuitivement ou réellement; ils veulent tous être les plus riches. [Le temps de l'enrichissement] tire pourtant à sa fin, mais on ne l'accepte pas. »
Comment chiffrer les coûts du développement ? Harvey Mead est conscient de la difficulté d'offrir un indice du progrès véritable qui peut se comparer au PIB. Par exemple, il n'y a pas de valeur monétaire relative au travail domestique, au bénévolat, à la pollution des cours d'eau et de l'air. Lors de la rédaction de son livre, il s'est inspiré des IPV déjà existants, dont le plus ancien publié en 1989 aux États-Unis par Daly et Cobb. L'objectif de l'ouvrage est de fournir des suggestions pour comptabiliser une série d'éléments du développement et, pourquoi pas, contribuer à ce que le Québec tienne plus compte de la Loi sur le développement durable, en vigueur depuis 2006.
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