Rapport du GIEC : était-il déjà trop tard en 2015?

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Par Catherine Paquette

Les inondations font partie des aléas du climat qui seront de plus en plus fréquents avec l’augmentation de la température globale. Photo : Unsplash

 

Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) lançait en début de semaine dernière un cri d’alarme, soulignant qu’un réchauffement climatique de 2°C aurait des impacts irréversibles sur les populations. Or, l’importance de réduire drastiquement les émissions de gaz à effet de serre n’est pas nouvelle. En 2014, les experts recommandaient déjà d’amorcer une transition vers les énergies renouvelables. Quel impact ce nouveau rapport pourrait-il donc avoir sur la gouvernance internationale?

Avec ce rapport publié le 8 octobre, le GIEC affirme que les pays devront faire bien davantage pour éviter des catastrophes importantes et menaçantes pour la vie de plusieurs populations. En effet, les engagements pris dans l’Accord de Paris en 2015 pourraient être insuffisants pour inverser la tendance. Pour le moment, bien que la cible des États soit de limiter le réchauffement à 1,5°C, les engagements pris par les États nous placent sur une trajectoire de réchauffement de plus de 3°C.

Le document intitulé « Rapport spécial du GIEC sur les conséquences d’un réchauffement planétaire de 1,5°C » avait été commandé aux experts du GIEC en 2015, lors de la ratification du traité international. Le but était de documenter la possibilité d’atteindre les cibles fixées. Toutefois, selon le professeur Matthew Paterson, il était trop tard. Le professeur de l’Université de Manchester et de l’Université d’Ottawa a participé à la rédaction du précédent rapport publié en 2014, pour lequel le message du GIEC était le même : il faut agir vite.

« Il n’y a pas une énorme différence au niveau du message central, parce qu’en 2014 dans le rapport du GIEC, on avait un peu les mêmes résultats. Ce rapport-ci montre encore une fois qu’il faut accélérer la transition, explique le professeur. Mais on savait déjà, même avant d’entamer la rédaction du rapport en 2017, qu’on aurait déjà peu de chances d’éviter le réchauffement de 1,5°C. C’est un peu paradoxal de demander un rapport quand on sait déjà qu’on peut difficilement atteindre la cible, » poursuit le professeur, qui souligne le besoin pour le Canada d’avoir un meilleur plan pour atteindre ses cibles.

L’idée n’est donc pas nouvelle et le temps presse. Dans ce nouveau rapport, le GIEC prévoit que nous devrons réduire de 45 % les émissions de GES mondiales d’ici 2030 et atteindre la neutralité carbone d’ici 2050. Comme expliqué dans le résumé envoyé aux décideurs, même une augmentation d’un demi-degré aura des effets considérables sur le climat, la fonte des glaces, les sécheresse, les tempêtes, les écosystèmes, etc.

Il faut toutefois savoir que les experts du GIEC, dans ce rapport, présentent des scénarios de transition qui permettraient d’éviter un réchauffement de plus de 1,5°C, ce qui nécessiterait de « modifier rapidement, radicalement et de manière inédite tous les aspects de la société », peut-on lire dans le communiqué du GIEC.  

Mais que font, et que doivent faire les gouvernements à présent?

Selon le chercheur de l’IRIS France Bastien Alex, on constate une plus faible mobilisation des gouvernements depuis la ratification de l’Accord de Paris.

« Après la ratification du texte, moment politique, les négociations sont entrées dans une phase plus technique de définition du cadre d’application de l’accord. Cela a eu pour effet de démobiliser les exécutifs : les chefs d’État et de gouvernements sont moins nombreux, voire absents des COP (conférence des parties), donnant l’impression d’une dépolitisation », dit-il dans une entrevue publiée sur le site Internet de l’IRIS.  

Bastien Alex fait remarquer que de nombreuses conférences et événements ont réunis des dirigeants d’entreprises et d’organisations non-gouvernementales (ONG), sans que des chefs d’États soient nécessairement engagés dans les discussions. Il y a eu le le Global climate Summit de San Francisco et le One Planet Summit de New York, par exemple.

En effet, on a vu apparaître dans les années 2011-2012 de plus en plus d’initiatives jumelant des entreprises et des ONG dans un mode d’action qui questionne la gestion «top to bottom» de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC).

Cette convention entrée en vigueur en 1994 exerçait jusque-là une forme d’autorité décisionnelle. Certains auteurs considèrent que les initiatives de coopération internationales sont venues perturber le pouvoir d’action de la CCNUCC, jusqu’à ce que cette dernière entérine finalement ce type d’action.

Bien que les résultats de telles initiatives de réseautage sont bien difficiles à mesurer en termes d’émissions de gaz à effet de serre, le professeur Matthew Paterson voit d’un bon œil ce type de gestion multi-niveaux des enjeux environnementaux.

« La tentative de l’ONU de coordonner la complexité des actions et tous ces types d’acteurs est assez innovatrice. L’ONU ne peut pas tout faire, donc elle essaie d’orchestrer les actions. L’idée c’est, ce que l’on ne peut pas faire, on essaie de le faire faire, donc on essaie de faire faire, au lieu de faire », affirme le chercheur.

Il décrit cette même tendance au réseautage au niveau des villes. « On entend parfois « les nations parlent, les villes agissent » », lance-t-il, en mentionnant le très actif réseau « C40 Cities ».

Ce réseau rassemble 96 métropoles du monde, dont trois au Canada : Montréal, Vancouver et Toronto. Ces villes partagent des idées et des engagements en matière de changements climatiques et entrent en « compétition amicale » avec les leaders nationaux, fait savoir M. Paterson.

La Chine et la COP24

Ces résultats relativement positifs n’empêchent pas l’expert d’affirmer que les puissances mondiales doivent aussi se positionner comme des leaders en matière de changements climatiques.

Le professeur Paterson prédit que la Chine pourrait choisir de se positionner comme leader lors de la COP24 qui aura lieu le 3 décembre à Katowice, puisque le retrait des États-Unis de l’Accord de Paris lui laisse le champ libre.

« La stratégie de la Chine sera centrale, puisqu’elle a une grosse opportunité diplomatique. Le pays a d’ailleurs un plan assez convainquant. Ses investissements en énergie éolienne et solaire sont importants. Ils savent aussi qu’ils ont une problématique importante avec la qualité de l’air, en raison de leur exploitation du charbon », affirme-t-il.

Selon M. Paterson, le Canada ne serait pas reconnu comme un leader compte tenu du plan insuffisant dont le pays s’est doté. « Le Canada a de bonnes cibles, mais n’a pas de plan », affirme-t-il.

Chose certaine, la COP24 pourrait être l’occasion pour les États de reprendre les devants en matière de gestion, mais aussi d’annoncer des actions plus agressives après avoir pris connaissance du dernier rapport du GIEC.

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