Par Karel Mayrand
Directeur général pour le Québec de la Fondation David Suzuki
Après une semaine de campagne, il est toujours difficile de bien comprendre ce qu’offrent les partis politiques pour s’attaquer aux causes structurelles de la présente crise. Outre les aides d’urgence et autres mesures temporaires, les partis font preuve de peu d’imagination pour saisir cette crise et renforcer notre économie à long terme. Mais surtout, la crise financière a évacué les enjeux environnementaux des discussions. Voici donc quelques suggestions à l’intention des partis visant à définir une vision à long terme et à établir les bases d’une économie durable au Québec.
Atteindre le déficit écologique zéro
Le déficit zéro a été érigé en dogme depuis une décennie. Pourtant, chaque année, l’économie québécoise creuse une dette écologique que l’on remet aux générations futures. Notre capital écologique se déprécie et disparaît à une vitesse effarante, et la capacité de nos ressources à se renouveler a franchi une limite. L’épuisement de notre capital écologique met en péril notre croissance future puisque le Québec demeure une économie basée sur ses ressources naturelles. Notre développement économique actuel revient à brûler les planches de notre maison pour chauffer le poêle. Devant l’urgence d’arrêter ce pillage, le Parti libéral propose d’ouvrir le Nord au développement tous azimuts. Le Parti Québécois souhaite développer des gisements gaziers sur les rives et dans le golfe du Saint-Laurent. L’Action démocratique préfère vendre Hydro-Québec. Le Québec demeure un pays d’extraction de ressources. Une colonie comptoir moderne.
Augmenter l’épargne des ménages
L’une des principales causes de la crise financière actuelle est la grande facilité d’accès au crédit des ménages, combinée à un conditionnement de tout instant à la surconsommation. Les ménages sont aujourd’hui plus endettés que jamais au Québec, avec un taux d’endettement représentant 110% de leur revenu disponible en 2008. Les faibles taux d’épargne inquiètent depuis longtemps les économistes. Les partis souhaitent stimuler la consommation et faciliter l’accès au crédit pour sortir de la crise. N’est-ce pas là la cause même de cette crise? Nous vivons à crédit dans notre compte de banque et aussi à crédit sur notre environnement. Il est temps d’arrêter cette spirale et d’aider les Québécois à réduire leur empreinte environnementale en regarnissant leur compte de banque.
Rétablir notre balance commerciale
Le Québec a eu un déficit commercial de 11 milliards de dollars en 2007. Ce déficit commercial est principalement dû aux importations de pétrole d’une valeur de 14 milliards de dollars. Notre dépendance au pétrole impose une saignée financière qui nous appauvrit collectivement. Jusqu’à présent, un seul des trois partis a annoncé son intention de diminuer notre dépendance en… 2030. En investissant massivement dans la réduction de notre dépendance au pétrole, nous pourrions atteindre nos objectifs de lutte aux changements climatiques, améliorer notre balance commerciale et nous enrichir collectivement de plusieurs milliards.
Investir dans nos infrastructures pour relancer l’économie
Les investissements dans les infrastructures québécoises qui ont été amorcés depuis un an contribuent à doper le PIB en ces temps de ralentissement. Cependant, la majorité des sommes investies dans les infrastructures routières vont à la réfection de routes et à la construction de nouveaux tronçons. Les investissements énergétiques les plus importants vont dans l’hydro-électricité et le nucléaire. Alors que l’on renouvelle une grande partie de nos infrastructures, nous avons l’occasion rêvée de repenser notre développement et de créer des emplois structurants. Plutôt qu’investir dans le béton, ne devrions-nous pas investir dans l’innovation et de vraies solutions : les transports collectifs et l’efficacité énergétique, notamment dans le bâtiment? La deuxième Baie-James est ici, à Montréal.
Rehausser notre productivité
La productivité de notre économie est grevée par les problématiques de circulation automobile et de transport routier, notamment dans la région de Montréal. Les coûts en perte de productivité de la congestion routière à Montréal sont évalués à 600 millions de dollars annuellement pour les entreprises et à 500 millions de dollars pour les particuliers. L’explosion du parc automobile dans la région de Montréal a mené à un accroissement de la circulation et des problématiques qui en découlent. Le temps perdu dans les bouchons et les problèmes de santé liés aux épisodes de smog chroniques constituent un poids sur notre économie et notre système de santé. Aucun parti ne propose à ce jour de solutions à long terme bien que la première semaine de campagne se soit déroulée sous un smog épais.
Alors que la seconde semaine de campagne s’amorce, la tentation est forte pour les partis de saupoudrer ici et là des solutions à court terme pour satisfaire des électeurs inquiets et de faire passer l’environnement à l’arrière plan, comme c’est le cas lorsque l’économie est en difficulté. Mais les temps changent. Devant les constructeurs automobiles qui demandent une aide d’urgence, le président élu Obama vient d’affirmer qu’il rendrait cette aide conditionnelle à la mise sur le marché de véhicules plus performants au plan énergétique.
Relancer l’économie et créer des emplois de qualité tout en protégeant notre environnement. Voilà une vision d’avenir : c’est le développement durable, stupide!
Directeur général pour le Québec de la Fondation David Suzuki