Les « plantes pesticides » au secours des cultures

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[En Afrique] Si le recours aux produits de synthèse [ pour lutter contre les insectes ravageurs ] est une tendance qui ne semble pas devoir s’inverser dans un futur proche, des stratégies de long terme sont mises en place pour en limiter l’utilisation. Outre la formation des agriculteurs, divers moyens alternatifs de lutte contre les ravageurs sont actuellement testés : filets de protection, lutte biologique, systèmes de cultures diversifiés…

Au nombre de ces approches a priori plus respectueuses de l’environnement figure l’utilisation de plantes aux propriétés pesticides. Utilisées en Afrique de façon traditionnelle, les plantes à effet phytosanitaire sont employées de diverses façons : production d’extraits appliqués sur les feuilles des cultures à protéger, utilisation sous forme de plantes entières ou d’huiles essentielles pour protéger les denrées stockées, culture en association dans les champs…

Plusieurs études ont évalué le potentiel des plantes pesticides utilisées traditionnellement en Afrique de l’Ouest. Leurs conclusions sont intéressantes : de nombreuses plantes ont un réel effet sur les agresseurs des cultures.

C’est notamment le cas du margousier ou neem (Azadirachta indica), arbre originaire d’Inde dont les feuilles et les graines ont des propriétés insecticides, antifongiques et vermifuges. L’application d’extraits de margousier sur des cultures de tomates permet notamment de diminuer la sévérité des infections par les champignons, de limiter l’éclosion des œufs des lépidoptères, ou de modifier la fécondité ou le comportement de certains insectes. Les populations de chenilles ou de pucerons sont moins importantes sur les parcelles traitées de cette façon que sur les autres.

D’autres plantes permettent d’obtenir des résultats similaires : c’est notamment le cas de substances épicées tirées du poivre de Guinée (Xylopia aethiopica), de la moutarde noire (Sinapsis nigra) ou du tabac (Nicotiana tabacum). Sur des parcelles traitées par ces extraits, les populations de coléoptères, d’aleurodes ou de thrips voient leurs tailles diminuer de 61 à 78 %. L’éradication n’est pas totale, mais permet d’assurer un rendement équivalent à celui obtenu sur des parcelles traitées par des insecticides de synthèse. Qui plus est, ces effets peuvent être améliorés en mélangeant des extraits de diverses espèces de plantes pesticides.

Enfin, certaines espèces, comme celles appartenant au genre Ocimum (qui contient notamment le basilic), présentent l’avantage d’avoir non seulement des vertus pesticides, mais aussi médicinales, et d’être également consommées comme légumes feuilles ou épices. Cette polyvalence renforce grandement leur intérêt.

Un usage limité

Les plantes pesticides n’éliminent pas la totalité des ravageurs, mais maintiennent leurs populations en dessous du seuil de nuisibilité, tout en présentant de nombreux avantages sur les pesticides de synthèse. Généralement moins dangereuses pour la santé, les extraits de plantes pesticides se décomposent rapidement dans l’environnement ; ce qui limite les risques de pollution environnementale et améliore la qualité sanitaire des produits cultivés. Cultivées en association, les plantes pesticides permettent de maintenir l’équilibre entre ravageurs des cultures et animaux auxiliaires associés.

L’emploi de ces produits naturels permet dans certains cas d’accroître les rendements, pour un rapport coût-bénéfice similaire à celui des pesticides de synthèse. Pour réaliser leur plein potentiel, il reste toutefois encore plusieurs barrières à lever.

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Source: The Conversation.

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